Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/11/2017

L'EUROPE AUTREMENT

Pierre Laurent forum.jpeg

Entretien avec Pierre Laurent : « Nous devons nous comporter comme des forces solidaires engagées dans une bataille commune »

Secrétaire National du Parti Communiste Français, vice-président du Parti de la Gauche Européenne, et Sénateur de Paris, Pierre Laurent a rencontré L’Europe Autrement lors du Forum Européen de Marseille.

L’Europe Autrement : Lors de ce forum européen de Marseille, deux actions en solidarité avec les migrants sont menées, quel message voulez-vous faire passer avec ces deux actions ?

Pierre Laurent : C’est pour nous très symbolique, dans cette ville de Marseille, qui est au bord de la Méditerranée, que nous tenions à la clôture de nos séances de travail des initiatives de solidarité avec les migrants. L’une de ces initiatives se tient sur le Vieux Port de Marseille, comme un symbole de notre ouverture à la Méditerranée et aux migrants. Nous voulons que la Méditerranée ne soit non pas un cimetière où meurent chaque année des milliers de ces migrants, mais soit un symbole de la paix et de l’ouverture de l’Europe.

Pourquoi avoir choisi Marseille pour lancer ce Forum Européen, qui se veut être la première édition d’un Forum permanent, à l’image du Forum de São Paulo ? 

Quand nous avons discuté avec les forces de gauche européennes de la nécessité de créer ce nouvel espace politique que va devenir le Forum Européen de Marseille, le choix de Marseille, ville tournée vers le Sud de l’Europe, qui a été très traumatisé par la violence des politiques d’austérité ces dernières années, et qui se trouve, Marseille, en France, un pays à la croisée du Nord et du Sud de l’Europe, ce choix a fait consensus. C’est une ville populaire, une ville de brassage, et une ville qui a beaucoup de signification dans l’Europe entière.

L’année prochaine se tiendra le Congrès du PCF, Congrès qui a été avancé d’un an par rapport à sa date initiale. Les questions européennes seront-elles intégrées dans la réflexion lors du Congrès, et quelle place occuperont-elles ?

Je pense que je vais proposer très probablement  à l’Assemblée Nationale des Animateurs de sections que nous allons tenir le 18 novembre prochain, de faire de la question européenne un des principaux  chantier de travail de préparation du Congrès, pas seulement parce qu’il y a les élections européennes, même s’il faut préparer cette échéance, mais il faut la préparer en travaillant sur le fond les réponses que nous apportons, et il faut préparer cette échéance en travaillant la convergence des forces progressistes européennes. Je crois donc que le Forum de Marseille sera utile pour nous, dans notre réflexion, sur la manière de préparer les futures batailles européennes, et j’espère que l’Europe sera un des grands thèmes de travail de préparation du Congrès.

« Mon objectif serait justement de réussir, comme nous le faisons aujourd’hui au Forum Européen de Marseille, à élargir le spectre des forces avec lesquelles nous travaillons »

La question de l’Euro est une question cruciale parmi les questions européennes, mais elle fait l’objet de nombreux débats au sein même des gauches européennes. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Je crois que le véritable objectif que nous devrions nous donner n’est pas la sortie de l’Euro, mais la reconquête du pouvoir sur la monnaie en Europe, parce que s’il s’agit de sortir de l’Euro pour laisser à ceux qui gouvernent la zone Euro tout le pouvoir et toute la puissance monétaire, ce serait une illusion de croire que la sortie nous allègerait des problèmes. Il faut disputer le terrain du pouvoir sur la question monétaire aux forces capitalistes les plus puissantes, et  je pense que c’est sur la manière  de reconquérir ce pouvoir, de transformer la zone euro et ses objectifs, qu’il faudrait qu’entre forces européennes on pousse le débat, parce qu’au fond, entre ceux qui sont pour la sortie et moi,  il y a un objectif commun, qui est de se dégager des logiques financières actuelles. C’est le chemin qui doit être entrepris et l’objectif que nous devons nous fixer qui fait débat, mais justement, des espaces comme ceux d’aujourd’hui, ceux du Forum Européen de Marseille, devraient être utiles pour intensifier le débat entre forces européennes, plutôt que de laisser vivre je dirais, nos différences sans les approfondir, parce que cela nous empêche d’être offensifs dans l’action.

Si vous aviez un objectif en tant que vice-président du Parti de la Gauche Européenne, quel serait-il ?

Ce serait justement de réussir, comme nous le faisons aujourd’hui au Forum Européen de Marseille, à élargir le spectre des forces avec lesquelles nous travaillons, pour être capable de passer à la construction de rapports de force véritablement capables d’inverser la situation, parce que si nous marquons des points dans tel ou tel pays, nous sommes encore trop  faibles pour inverser les rapports de forces, et je crois, que c’est à cela que nous devons travailler, et cet espace politique doit aussi servir à être plus solidaire entre nous. Quand dans un pays une force, quelle qu’elle soit, mène une bataille, marque des points ou se trouve en difficulté, elle devrait trouver à ses cotés toutes les autres forces de la gauche européenne. Nous ne pouvons pas nous comporter entre nous comme des spectateurs ou des commentateurs respectifs. Nous devons nous comporter comme des forces solidaires engagées dans une bataille commune, et je pense que nous avons beaucoup de progrès à faire pour en arriver là.

Selon vous, qu’est-ce qu’être communiste aujourd’hui, et quelle place les communistes doivent-ils avoir en Europe ?

Pour moi, être communiste aujourd’hui, c’est faire prévaloir, progressivement, une logique du commun, une logique du partage, une logique de conquête concrète de l’égalité et de la justice sur tous les terrains de lutte possibles. Je crois que le communisme aujourd’hui, c’est d’abord un mouvement qui doit pousser en avant tous les potentiels émancipateurs qui se cherchent dans la société face à la crise du capitalisme, et qui ne trouvent pas le chemin de leur victoire. Je pense que cette idée là, cette idée communiste de la reconquête des pouvoirs face au capital, de la conquête citoyenne permanente, du développement continu des droits humains pour la démocratie, je crois qu’elle a beaucoup d’actualité aujourd’hui et qu’elle est d’ailleurs à mon avis portée par des gens qui continuent comme moi de se revendiquer de l’idéologie communiste, et par d’autres qui peut-être, ne mettent pas le même mot sur la même chose, mais qui au fond, sont engagés dans des combats qui sont très proches de ceux que nous essayons de mener. Je crois donc qu’il y a une place pour un communisme qui sache dire ce qu’il est aujourd’hui au 21ème siècle, une place importante à prendre en Europe, dans un continent où es idées de progrès et les idées révolutionnaires ont été très présentes au 20ème siècle.

Propos recueillis par Antoine Mézy

02/11/2017

HYPOCRISIE

macron pognon.png

La chronique de José Fort sur Radio Arts Mada, tous les lundi à 19h repris sur Chansons Rouges Mosaik tous les lundis une semaine après, dans le Top Magazine de 12h, 18h, 23h et le mardi à 8h

Avant l’élection présidentielle, un commentateur écrivait  à propos de M. Macron, je cite : « Il y a chez ce personnage une douceur trop sucrée, qui sent l’hypocrisie ».

Ces derniers jours, le président mal élu a rivalisé en matière de tartufferie, de fausseté, de jésuitisme, de fourberie, de chafouinerie.

Vous choisirez vous mêmes, tous voulant à peu de choses près dire la même chose qu’hypocrisie. Le père Noël des riches, vous vous en souvenez peut-être, avait reçu l’été dernier à l’Elysée une délégation de l’opposition vénézuélienne composée de représentants de la grande bourgeoisie de ce pays et d’un membre notoire d’une formation extrémiste fascisante liée à M. Trump.

A la fin de l’entretien, Macron déclarait, je le cite : «  Nos concitoyens ne comprennent pas comment certains ont pu être complaisants avec le régime qui se met en place au Venezuela. Une dictature qui tente de se survivre au prix d’une détresse humaine. » Depuis cette sortie martiale, des élections qualifiées « d’honnêtes » par les observateurs étrangers ont eu lieu dans ce pays donnant 18 gouverneurs au mouvement chaviste au pouvoir et 5 à l’opposition. Macron n’a rien dit laissant une sombre inconnue porte parole du Ministère des Affaires étrangères s’étonner des résultats.

Il y a une semaine, le pourfendeur des fainéants et autres jaloux recevait en grande pompe le «  président auto proclamé » égyptien, le général Sissi. Et que déclarait l’ancien administrateur de banque ? Je le cite : « Je crois à la souveraineté des Etats et de la même façon que je n’accepte pas qu’un dirigeant donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n’en donne pas aux autres. »  

Bref, ce président a une conception de la souveraineté à géométrie très variable.Macron, c’est comme boire du vin avant 11h. Au bistrot, ça fait poivrot. A 12h05,  ça fait bon vivant. Dans tous les cas, il veut faire vite, comme les alcoolos vidant les verres à un rythme express. Tous les mauvais coups sociaux sont adoptés à la vitesse supersonique.

Quant à la prétendue concertation avec « les forces vives de la nation », la tromperie atteint des sommets. En fait, il s’agit pour l’adepte du détournement de majeur de recevoir parfois autour d’un café, d’exposer le projet et bonjour-bonsoir, y a plus rien à voir et encore moins à discuter. Certains s’en contentent, d’autres pas.Macron est hypocrite. Il n’est pas le seul, c’est vrai. Mais chez lui, il y a aussi une bonne dose de perversité et de mépris à l’égard des sans dents, comme dirait son ancien employeur, le retraité Hollande.

Hypocrisie, tel est le titre de la chanson interprétée par Lartiste. Ecoutons.

Clivages Vous n’aurez pas manqué de noter les clivages qui s’amplifient chaque jour d’avantage dans la société française y compris à gauche, particulièrement dans ma famille politique : la Catalogne, Mélenchon, le mouvement social et la manière de mener la lutte, la juste action contre les violences faites aux femmes et «  balance ton porc », y compris même « l’affaire » Sonia Nour …

L’amplification de ces inquiétants clivages mériterait une réflexion sereine et constructive sur les raisons profondes de cette dérive. Est-ce encore possibles ?

Ce vendredi midi 27 octobre sur France Inter, Nicolas Soufflet présentant l’émission «  Le jeux des mille euros » a évoqué «  le soulèvement républicain » en Espagne.

Chacun sait que la République espagnole a été démocratiquement élue au suffrage universel et a dû affronter un « soulèvement » militaire mené par Franco soutenu par Hitler et Mussolini.  De deux choses l’une : mettre la faute sur le compte de l’inculture ou craindre une réécriture de l’Histoire… Je n’ose y croire.

Juan Manuel Nebot, photographe et communiste est mort.

Juan Manuel Nebot, célèbre photographe et militant communiste, « Asturien et Espagnol » soulignait-il, est mort ce lundi à Oviedo.

C’est une figure des Asturies qui disparaît à l’âge de 88 ans. Il était artiste et militant, courageux dans les pires moments du franquisme, soucieux de sa liberté de penser et d’agir. Il était d’une fidélité absolue à ses engagements mais savait hausser le ton au point, à plusieurs reprises, d’avoir été écarté par ses camarades.Sa femme Rosa et ses enfants Ana et Carlos peuvent être fiers de leur mari et père.   « Hors ma vie familiale, deux dates  ont marqué ma vie », disait-il.

En 1942, Nebot comme on l’appelle familièrement à Oviedo et à Gijon s’engage dans la photographie ; en 1965, il rejoint le Parti communiste d’Espagne clandestin.Après la mort de Franco, il a toujours refusé d’être élu alors qu’il aurait été un bon candidat car très populaire.

Il n’a jamais souhaité occupé des fonctions responsables dans le Parti car il voulait conserver sa liberté de «  renâcler, lorsque cela était nécessaire ».Il a pourtant occupé trois postes: celui de président des photographes espagnols, de président des commerçants d’Oviedoanimateur de la première organisation écologiste espagnole les «  Amis de la nature des Asturies ».

Pour lui la vie, la vraie, exigeait d’être  «  honnête, transparent et dire la vérité. »J’ai rencontré Nebot à plusieurs reprises car il était un très proche ami de Horacio Fernandez Inguanzo, le célèbre leader communiste asturien, le deuxième mari de ma mère. 

Nebot appréciait les bonnes tables et, avec Rosa, ils aimaient recevoir. C’est dans ces moments là où sur son bateau au cours d’une sortie de nuit « a pescar hombres », à la pêche ordonnait-il, qu’il se confiait et nous faisait rire à « carcagadas », à gorge déployée.

Son magasin, renommé, aurait suffi à faire cuire la favada, le plat traditionnel asturien. Mais il était si bon photographe que les fins de semaine étaient remplies notamment avec les mariages de la «  haute » société nationale et régionale.

Il avait  immortalisé le mariage du fils de Carrero Blanco, le premier ministre franquiste explosé par  des centaines de kilos de dynamite en 1973 sur une route de Madrid. Le chef de la police politique des Asturies, le sinistre Ramos, avait eu beau faire, Nebot avait pu immortaliser le couple et leurs familles dégénérées avant de s’attabler en compagnie du ministre de la Marine «  pour parler poissons et crustacés ». «  Il fallait bien éviter de trop renvoyer en cuisine les tonnes de viandes, de langoustes et de caviar venues par avion de Madrid », rigolait-il.   

 A la fin de sa vie, lors des dernières élections, des revanchards ont essayé de lui interdire son droit de vote prétextant son état de santé. Il ne parlait plus Nebot mais son regard pétillait de compréhension et d’amour pour ses proches. Grâce à sa femme et à sa fille, grâce à ses camarades, il a pu exprimer pour la dernière fois le combat de sa vie.

Le combat pour la liberté et la démocratie. Il n’y a pas si longtemps, le Venezuela faisait la «  une »  de l’actualité. Le système de propagande médiatique en France, en Europe et bien entendu aux Etats-Unis fonctionnait à plein  régime.

Il fallait faire entrer dans les têtes qu’une dictature régnait à Caracas, que la presse était bâillonnée alors que 80% des médias restent placés sous la coupe de la grande bourgeoisie locale.Ce pays sombrait donc dans l’incurie, la répression et comme le suggérait M. Trump, il fallait vite mettre fin à l’expérience chaviste qu’on annonçait à l’agonie.

On se souvient que M. Macron avait reçu à l’Elysée une délégation de l’opposition et s’était fendu lui aussi de propos relevant de l’ingérence dans les affaires d’une autre nation.Depuis plusieurs semaines, le Venezuela a disparu des radars médiatiques, la campagne électorale des régionales se déroulant trop «  normalement », sans incident notable. Bref, plus rien à vomir.Dimanche, les électeurs vénézuéliens ont voté en plus grand nombre que lors des régionales de 2012 et ont élu 17 gouverneurs affichant les couleurs du parti du président Maduro, 5 revenant à l’opposition.

Comme il fallait s’y attendre, les Etats-Unis et leurs représentants locaux mauvais perdants crient à la fraude alors que les observateurs étrangers soulignent le bon déroulement du scrutin. Scandaleusement, le ministère français des Affaires étrangères a relayé lundi après midi les accusations non fondées de l’opposition. Macron et son équipe ont choisi de se ranger derrière Trump pour tenter de déstabiliser le Venezuela.

Les résultats de ce vote ne gomment évidemment pas les difficultés que connaît le Venezuela, problèmes en partie liés aux sabotages économiques organisés comme au temps d’Allende au Chili et aussi par des insuffisances internes au pouvoir en place. Ils constituent toutefois un sérieux revers pour les forces de droite, pour les gouvernants étatsuniens et européens plus prompts à donner des leçons à Caracas qu’à Madrid.

Luis Silva chante le Venezuela. Ecoutons.

Enregistrer

Enregistrer

24/10/2017

LOI DE FINANCES 2018 : EXPLICATION DE VOTE

députés pcf,budget 2017

Dufrègne Jean-Paul, député de l'Allier pour le Groupe communiste

Madame la présidente, monsieur le ministre de l’action et des comptes publics, monsieur le président de la commission des finances, madame la rapporteure pour avis de la commission du développement durable, chers collègues, ce projet de loi de finances traduit les orientations que le Gouvernement entend donner à sa politique.

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, nous savons que ce budget ferait la part belle à celles et ceux que la société a épargnés : il n’y a rien là qui doive nous étonner. D’ailleurs l’idée qu’Emmanuel Macron est plutôt le président des riches s’est doucement mais sûrement installée dans les esprits, sans que nous l’ayons répété plus que les autres. De fait, en y regardant d’un peu plus près, ce n’est pas faux ! Les principales diminutions des prélèvements fiscaux prévues dans ce projet de loi de finances bénéficient aux plus fortunés ; dans le même temps, vous faites les poches de celles et ceux qui, par exemple, touchent l’APL.

Nous ne partageons pas vos orientations. Nous pensons même qu’elles aggraveront les conditions de vie d’une très grande majorité de nos concitoyens, qu’elles accroîtront les inégalités dans notre pays et élargiront encore le fossé qui ne cesse de se creuser entre les riches et les pauvres. En 2016, les 10 % des Français les plus riches détiennent plus de 56 % des richesses, alors que les 50 % les plus pauvres se partagent moins de 5 % du gâteau.Au-delà des chiffres sur lesquels je reviendrai tout à l’heure, il me paraît intéressant de mesurer l’impact de ces politiques.

Quelles conséquences pour notre société ? Quelles conséquences pour celles et ceux qui sont confrontés à la pauvreté ?

Samedi matin, en prenant mon petit déjeuner, j’écoutais sur France Info la psychanalyste Claude Halmos parler d’un problème important : celui des enfants qui vivent dans la grande pauvreté. C’était à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. J’ai eu envie de partager cette réflexion avec vous pour que nos débats ne se limitent pas à des batailles de chiffres mais que la dimension humaine y trouve toute sa place.

Question du journaliste à propos des enfants : « Cette vie dans la pauvreté a-t-elle pour eux des conséquences psychologiques ? » Réponse de la psychanalyste : «Elle a des conséquences très importantes. Parce que la misère ne rend pas seulement la vie des enfants plus difficile. Elle a une influence déterminante sur leur construction.»

Et l’échange se poursuit ainsi entre le journaliste et la psychanalyste :
- «De quelle façon ? - La pauvreté fait vivre tous ceux qui la subissent dans un monde d’angoisse, d’angoisse permanente du lendemain. Et dans la honte. Parce que, dans notre société, les personnes pauvres ont toujours honte de l’être. Les enfants sentent ces angoisses et ces hontes de leurs parents, et ils les font leurs. Et ils font leurs aussi leurs culpabilités : les parents se sentent coupables de ne pas pouvoir offrir une meilleure vie à leurs enfants et les enfants se culpabilisent d’être une source d’angoisse pour leurs parents.

- La pauvreté agit aussi sur leur construction ?

- Oui. La pauvreté fausse d’abord le rapport des enfants au désir, au plaisir et à la frustration. Tous les enfants, en effet, ont besoin d’apprendre qu’ils ont le droit d’avoir envie de tout mais qu’ils ne pourront jamais tout avoir. C’est toujours difficile pour eux à accepter, mais c’est supportable quand ils peuvent quand même avoir un peu. Mais s’ils ne peuvent rien avoir, c’est insupportable et destructeur : d’abord parce qu’aucun être humain ne peut vivre sans désirs et sans plaisirs ; et surtout parce que, dans ce cas, au lieu de faire l’apprentissage – structurant – de la frustration, les enfants sont contraints d’apprendre à se soumettre à la privation, à une privation qu’ils savent injuste, puisque d’autres enfants – ils le voient bien – peuvent avoir ce qu’ils n’ont pas.

- La pauvreté a encore d’autres conséquences ?
- Oui. Elle a des conséquences sur l’image que l’enfant a de lui-même. Parce qu’un enfant construit toujours son image en s’appuyant sur celle de ses parents. Or les parents qui vivent dans la pauvreté se sentent le plus souvent dévalorisés, exclus, rejetés et humiliés. Et leurs enfants s’identifient à cette image. Et puis la pauvreté a aussi des conséquences sur la vision que l’enfant a du monde. Parce que les souffrances qu’il endure avec ses parents lui donnent souvent l’impression que la société, l’État, sont des instances toutes-puissantes et injustes qui donnent aux uns et privent arbitrairement les autres. Cela provoque chez lui une révolte et une colère, qui peuvent le mener à la violence.
- Que pourrait-on faire pour aider ces enfants ?
- En premier lieu, entendre leur souffrance psychologique et sa gravité. Cela permettrait peut-être de comprendre, par exemple, que quand on prive un adulte de son travail et de ses revenus, on ne porte pas seulement atteinte à sa vie réelle. On porte atteinte aussi, et de façon très grave, non seulement à son psychisme mais aussi à celui de ses enfants et à leur avenir.»

Après l’écoute de cet entretien, et je suis persuadé qu’il a touché beaucoup d’entre vous comme moi, tellement il est fort, on n’a plus qu’une idée en tête : comment réparer ces situations injustes qui ont des incidences bien au-delà de ceux et celles qu’elles frappent ? Je ne peux pas imaginer que le budget que nous voterons dans quelques semaines ne prenne pas mieux en compte ces situations. Je rappelle que vingt et un milliardaires français possèdent autant que les 40 % les plus pauvres de la population, et qu’en vingt ans, la fortune totale des dix plus grandes fortunes françaises a été multipliée par douze pendant que le nombre de pauvres augmentait de 1,2 million de personnes.

Il y a donc urgence à trouver des solutions qui marchent. Car je suis d’accord avec vous, monsieur le ministre : depuis trente ans, ça ne fonctionne pas ! Vous répondez par plus d’austérité, vous nous dites qu’il faut moins d’impôts pour ceux qui en payent beaucoup et qu’ils investiront alors dans l’économie, qui créera des emplois, et encore plus si on diminue les cotisations des entreprises en transformant le CICE en baisse de cotisations pérenne, si on diminue l’impôt sur les sociétés, si l’on taxe moins les dividendes avec la flat tax, véritable bouclier fiscal. Vous confiez les clés de la maison France aux gros actionnaires et aux grandes fortunes en leur demandant d’investir en contrepartie de cadeaux colossaux. Mais êtes-vous certain, monsieur le ministre, que c’est en enrichissant un peu plus les plus riches que vous améliorerez la situation des plus précaires ou des plus fragiles ? Bien que vous réfutiez le terme, la théorie du ruissellement risque de ne produire que quelques gouttelettes qui s’évaporeront rapidement.

Je veux dire un mot du grand patronat, et je précise toujours ce terme car j’ai le plus grand respect pour tous les vrais chefs d’entreprise qui ont poussé jusqu’au bout leur soif d’entreprendre et ont l’amour du territoire autant que le respect des salariés : ce sont eux qui investissent et créent des emplois, pas ceux qui ne voient de l’entreprise que le haut de bilan et le taux de rentabilité qui s’y rattache, à deux chiffres de préférence. Eh bien, le grand patronat, par la voix de son président, n’avait-il pas promis au précédent président de la République la création d’un million d’emplois en contrepartie du CICE ? Qu’en a-t-il été ? Les experts s’accordent sur le chiffre de 100 000 créations, bien loin des promesses qui, comme d’habitude, n’ont engagé que ceux qui les ont crues ! Dès lors, nous ne souhaitons pas de chèque en blanc !

Puis, beaucoup plus simplement, est-il raisonnable, au moment où la solidarité doit s’exprimer pour faire redémarrer notre économie, d’exonérer quelques dizaines de milliers de contribuables de sommes faramineuses ? Non bien sûr ! Je veux parler des 3,2 milliards d’euros récupérés ou abandonnés – cela dépend du côté où on se trouve – en transformant l’ISF en IFI, impôt sur la fortune immobilière. Voyant cette affaire pas très populaire et alimentant largement le sentiment d’un président des riches, vous essayez, pour faire diversion, de déminer le terrain en proposant de taxer des éléments de richesse tels que les bateaux de luxe ou bien encore les voitures de collection.

Les 50 millions d’euros espérés peineront à masquer les 3 200 millions gagnés par quelques-uns !
Habitant l’Allier, département au patrimoine très riche, j’aurais examiné avec intérêt la possibilité d’exonérer tout ou partie des monuments historiques classés ou inscrits pour mieux sauvegarder ce patrimoine historique exceptionnel qui peut, dans des départements ruraux comme le mien, nourrir une économie du patrimoine créatrice d’activité et contribuant à la sauvegarde de savoir-faire parfois très anciens.
Je souhaite qu’une réflexion s’engage sur cette question. Au-delà de particularités comme celles que je viens d’évoquer et qui démontrent que nous ne sommes pas emmurés dans des idéologies à jamais figées comme je l’entends parfois, nous pensons, au groupe GDR, qu’il n’y a aucune urgence à supprimer l’ISF et que ceux qui le paient ne vont pas se retrouver brutalement sur la paille.

Monsieur le ministre, vous avez raison : il faut investir pour relancer l’économie !
Depuis que j’ai rejoint l’Assemblée, j’entends beaucoup parler de ruralité. C’est un sujet que je connais bien pour avoir, lors de ma présidence du conseil général de l’Allier, de 2008 à 2015, conduit une mission avec l’Assemblée des départements de France sur le concept de nouvelles ruralités, c’est-à-dire les nouvelles fonctions, notamment économiques, pour ces territoires dans la France des métropoles, surtout pas sous un angle d’opposition mais, au contraire, sous un angle de complémentarité à un moment où de nombreux Français s’interrogent sur leur projet de vie.

Je sais que de nombreux députés de sensibilités différentes s’interrogent sur cette question sociétale et j’espère que nous saurons unir nos efforts pour aller au-delà de cette réflexion. Il y a un sujet sur lequel nous nous rejoignons tous, je l’ai constaté à maintes reprises dans cette assemblée : c’est celui du très haut débit. Les territoires ruraux ne font pas l’aumône. Ils demandent simplement à être traités de manière égale.
Là où la population est dense, comme dans les métropoles, les opérateurs investissent car le retour sur investissement est assuré et rapide ; là où la population est moins dense, il faut que s’exerce la solidarité nationale pour que ces territoires ne subissent pas des handicaps qui les feront décrocher, et leurs habitants avec.

Il est temps que ce dossier soit considéré comme grande cause nationale ! Le très haut débit, c’est l’économie de demain, donc l’emploi de demain ; le très haut débit, c’est l’assurance de trouver des réponses à des problèmes difficiles à régler aujourd’hui – je pense à la télémédecine par exemple ; le très haut débit, c’est une attractivité renforcée pour des territoires offrant par ailleurs une qualité de vie recherchée par de nombreuses familles. Eh bien, plutôt que de faire un cadeau à quelques dizaines de milliers de contribuables, faisons ce cadeau à des millions de Français qui attendent seulement d’être mieux pris en considération ! Investissons ces 3,2 milliards d’euros dans un vaste plan de déploiement de la fibre et d’autres techniques là où ce n’est pas possible. Plutôt qu’une politique du petit ruissellement pour ces territoires, menons une politique de submersion et vous verrez qu’ils participeront, de manière efficace, au redressement de la France.

Monsieur le ministre, d’autres choix sont possibles, il est encore temps. Je ne fais pas dans la démagogie. Nos propositions peuvent s’entendre, je pense à celle consistant à réserver les exonérations de cotisations ou les baisses d’impôts aux entreprises qui investissent, qui recrutent et, au contraire, d’alourdir les charges des autres, de celles par exemple qui délocalisent alors qu’elles sont largement bénéficiaires, créant de véritables traumatismes humains et territoriaux.

Renforçons la progressivité de l’impôt sur le revenu en créant de nouvelles tranches et en augmentant le taux de la dernière. L’impôt sur le revenu doit être repensé pour prendre en compte tous les revenus : les revenus du capital n’ont pas à être imposés à part pour gommer sa progressivité. On pourrait d’ailleurs imaginer que l’impôt sur le revenu rapporte davantage et ainsi réduire, voire supprimer, la TVA sur des produits de première nécessité, ou bien infléchir certaines politiques, notamment celles liées à l’environnement. Plutôt que de le diaboliser, donnons du sens à l’impôt, autant à travers ses modalités de calcul, qui devraient être mieux adaptées aux enjeux de ce siècle, qu’à travers son utilisation, qui doit être davantage perçue comme répondant aux besoins collectifs. Or, ce projet de loi de finances n’aborde pas ces questions.

Comme c’est dommage ! On ne peut pas en rester à l’injonction de diminuer les dépenses publiques et de confier son destin à quelques-uns. Un débat sur le projet de société souhaité doit précéder le vote des moyens nécessaires à l’élaboration de ce projet. Je regrette que ce temps-là n’ait pas été pris en compte. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur de nombreux bancs des groupes NG et FI.)

06/10/2017

Prix Nobel de la paix 2017 à ICAN

nobel_prix.jpgL'attribution du prix Nobel de la paix à Ican – Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires – est une récompense considérable pour toutes celles et tous ceux qui luttent pour un monde de paix où la solidarité entre les peuples et les nations est centrale.

Je me réjouis fortement du choix du jury car cela encourage par là même toutes les organisations partenaires de cette campagne, parmi lesquelles le PCF, pour leur engagement pour une sécurité humaine mondiale.

Face à la montée des tensions ces derniers mois en Asie et aux propos belliqueux du président des États-Unis qui ont fait renaître le risque d’un conflit nucléaire, la remise du prix Nobel de la paix à Ican traduit l'aspiration des peuples à un monde de paix, de solidarité, de liberté, un monde délivré de ces armes de destruction massive.

A présent, il est grand temps que la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, ratifie le Traité international d’interdiction des armes nucléaires qui a été adopté le 7 juillet dernier à l’initiative de l’ONU par 122 pays. La France doit également s'engager avec les 115 pays déclarés « zones exemptes d’armes nucléaires » dans un processus mondial de destruction des armes nucléaires.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

02/10/2017

Le Macronisme, c’est l’insécurité de vie

macron signant.jpg

Patrick Le Hyaric, député Européen, directeur de l'Humanité

Vous pouvez écouter cet éditorial sur notre radio Chansons Rouges Mosaik Radio}}}

En convoquant micros et caméras pour permettre au « bon peuple » d’assister en direct à la démolition du contrat social français par simple signature du monarque, M. Macron met en scène sa propre arrogance et affiche son mépris envers la majorité de français qui refuse ses ordonnances. Il indique ainsi qu’il ne compte rien lâcher de sa violente offensive antisociale, sûr du soutien pressant des milieux financiers et patronaux.

Non contents de ce qui leur a été offert durant les deux quinquennats précédents, les forces d’argent et le MEDEF appellent à donner l’assaut final contre l’Etat social républicain. Ils  comptent, à la faveur de la décomposition du paysage politique et du début de mandat de leur protégé,  imposer un nouvel (dés)ordre social profondément inégalitaire  et ambitionnent de redéfinir la fonction du travail humain en le pliant aux injonctions financières, alors que c’est le capital lui-même et sa rémunération qui sont à l’origine des crises actuelles. La bataille est rude.

C’est un combat de classe de haute intensité. Tout est attaqué en même temps : du droit du travail à celui au logement, du système des retraites à la sécurité sociale, en passant par les collectivités territoriales et l’université. Il n’y a pas d’accord majoritaire de nos concitoyens pour un tel projet destructeur, en lien direct avec les injonctions des institutions européennes et la fuite en avant dans le libre-échange destructeur. Ainsi en est-il du traité avec le Canada que M. Macron fait appliquer sans accord du Parlement français. La mobilisation sociale prend racine et se développe. La manifestation organisée par Jean-Luc Mélenchon aura été un franc succès qui témoigne de la recherche par des dizaines de milliers de nos concitoyens d’une issue politique de progrès à la confrontation qui s’amplifie entre le capital et le travail.
Face au projet global de destruction du système social français au profit du marché, c’est une riposte globale de la France en résistance qui doit s’affirmer.

C’est ce qui commence à poindre dans le monde du travail où après la mobilisation des routiers à l’appel de trois syndicats lundi dernier, la fonction publique annonce une journée de mobilisation le 10 octobre. Jeudi 28 septembre, les retraités se sont mobilisés contre la ponction par la hausse de la CSG de leurs maigres pensions et contre l’opération cynique qui consiste à les opposer aux nouvelles générations.
Ces indispensables ripostes doivent encore s’élargir en misant sur la diversité et la complémentarité des organisations et forces disponibles. Entrons dans une logique de dynamique, additionnons les volontés et les forces à partir d’un dialogue franc et loyal  pour l’unité populaire dans l’action pour faire front et d’ouvrir d’autres perspectives. Des millions de nos concitoyens n’attendent que cela et parmi eux tant de jeunes qui n’en peuvent plus d’être sacrifiés sur l’autel du veau d’or.

Réunis en conclave, les députés macronistes ont prétendu vouloir faire la « pédagogie » de la casse sociale en cours. Peut-être faudrait-il leur expliquer qu’il n’y pas meilleure pédagogie que l’expérience du réel. Celle de ces retraités amputés de plusieurs centaines d’euros chaque année après une vie dédiée à l’effort collectif.  Celle de ces salariés, souvent parmi les plus précarisés, revenus au travail grâce aux contrats aidés dans le milieu associatif ou dans les collectivités locales et auxquels on promet un retour à pôle emploi. Celle de ces élus locaux qui ne peuvent déjà plus assurer la continuité du service public dans leur commune et qui vont devoir faire face aux 13 milliards d’euros d’économie imposés en cinq ans.

Celle encore de ces locataires qui subissent, faute d’investissement, la vétusté de leurs logements et auxquels on annonce 685 millions d’euros en moins pour les organismes HLM alors que l’impôt sur la fortune est allégé de 2 milliards. Celle des étudiants, qui vivent pour un quart d’entre aux sous le seuil de pauvreté et auxquels on annonce une amputation des aides au logement et de nouveaux baux précaires de 1 à 10 mois.
Rien ne dit que nos concitoyens acceptent une société « d’insécurité de vie ». Déjà les élus locaux ont manifesté leur désapprobation du projet macroniste en refusant massivement de voter pour les listes présidentielles aux sénatoriales.

Les mobilisations sociales, si elles convergent et les forces politiques de progrès social, si elles s’entendent dans le respect de leurs singularités et s’appuient sur leur groupes parlementaires au Sénat comme à l’Assemblée, peuvent obtenir une victoire retentissante sur le gouvernement en contestant l’adoption définitive du projet de loi de précarisation du travail et en lui opposant le projet d’une sécurité sociale du travail et de la formation. L’enjeu est de taille. Aider aux convergences, relier les protestations et les actions, montrer et démontrer l’autre voie au service de toutes et tous, n’est-ce pas le plus urgent à accomplir dans les jours et les semaines qui viennent ? Nous comptons bien y contribuer.

12:11 Publié dans Patrick Le Hyaric sur Radio Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it!

30/09/2017

Pierre Laurent face au Chrétiens

Pierre Laurent face aux chrétiens.jpg

Émission créée en 1997 par le quotidien La Croix en partenariat avec le réseau Radios Chrétiennes de France (RCF) et Radio Notre Dame, Face aux chrétiens est le forum politique des médias chrétiens. Chaque semaine une personnalité de la vie politique, économique, sociale, intellectuelle ou religieuse est interrogée pendant une heure par les journalistes représentants les rédactions partenaires, offrant une véritable mise en perspective de l’actualité.

Exceptionnellement cette émission sera diffusée en différé sur Chansons Rouges Mosaik Radio le dimanche 01 octobre dans le Top Magazine de midi, 18h, 23 h, le 02 octobre à 8h, dans le Magazine Reportage-Débat le mardi 03 octobre à 10h, mercredi 04 octobre à 20h }}}.

Attentif aux réactions syndicales contre les ordonnances, notamment du côté des fonctionnaires, Pierre Laurent estime que « ça va aller grandissant » . Face à cette vague, il estime que le PCF « doit entreprendre des changements importants et refonder sa capacité à accompagner les initiatives visant à transformer la société. » Quitte, éventuellement, pour le PCF, à changer de nom…
« Les migrations vont faire partie du monde du XXIème siècle » estime Pierre Laurent. Il appelle de ses voeux une « politique positive à l’échelle européenne », sachant qu’à ses yeux « ce sont les inégalités mondiales qui nourrissent les migrations. »
Attentifs aux militants et électeurs communistes qui l’ont quitté pour le FN, Pierre Laurent estime que « l’avenir est à la reconstruction d’une société de développement social partagé pour tous, et pas les uns contre les autres ». Pour lui, l’adversaire à combattre n’est pas le migrant, mais « l’accumulation des richesses de plus en plus inégalitaire ».

Migrants : « Accord avec le pape François »

« Les migrations vont faire partie du monde du XXI ème siècle » estime P. Laurent. Il appelle de ses voeux une « politique positive à l’échelle européenne », sachant qu’à ses yeux « ce sont les inégalités mondiales qui nourrissent les migrations. »

Populismes : « Ce n’est pas un phénomène allemand »

Attentifs aux militants et électeurs communistes qui l’ont quitté pour le FN, P. Laurent estime que « l’avenir est à la reconstruction d’une société de développement social partagé pour tous, et pas les uns contre les autres. » Pour lui, l’adversaire à combattre n’est pas le migrant, mais « l’accumulation des richesses de plus en plus inégalitaire ».

26/09/2017

Allemagne, Espagne, tristes images de l’Europe

josé fort.pngLa chronique de José Fort sur Radio Arts Mada en direct tous les lundi à 19h que vous pouvez retrouver en différé le lundi suivant sur Chansons Rouges Mosaik Radio à 12h, 18h, 23h et 8h}}}

Au lendemain des élections en Allemagne, avant le référendum en Catalogne et les incroyables opérations policières à Barcelone et dans toute la région, une constatation : l’Europe est malade, gravement malade.

Dans le premier pays, l’extrême droite pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale fait son entrée au Parlement fédéral, dans le second, arrestations, perquisitions, interdictions rappelant la période franquiste se déroulent sans la moindre protestation de l’Union européenne si friande pourtant d’interventions sur d’autres continents notamment au sud des Amériques.

Avant d’aller plus loin, souvenez-vous de la plupart des commentaires entendus ces derniers jours à propos des élections allemandes. Mme Merkel allait remporter une nouvelle fois un grand succès basé sur les excellents résultats de sa politique. C’était comme ça et pas autrement.

Je n’ai pas pour habitude de me référer au journal « Le Figaro » mais je ne peux m’empêcher de le citer. Ce matin, il titrait sur « l’amère victoire » de Mme Merkel, s’inquiétait de « l’ombre sur une victoire étriquée » et poursuivait sur le score « au goût amer » de la chancelière. La plupart des « spécialistes » de la politique allemande et autres commentateurs ou trices des « grands » médias se sont plantés. Une fois de plus.

Voici les résultats définitifs : CDU/CSU : 33% ; SPD :20,5 ; AFG (extrême droite) :12,6 ; FDP (ultra libéraux) :10,7 ; Die Linke ( communistes et alliés) :9,2 ; Verts :8,9.

CDU/CSU et sociaux démocrates subissent un net recul, l’extrême droite enregistre une forte percée, les ultra libéraux du FDP reviennent dans le jeu politique. Quant à Die Linke et les Verts, il résistent plutôt bien au grand chamboulement.

De nombreux commentaires attribuent le score non attendu de Mme Merkel à la xénophobie. C’est une des raisons du résultat de l’extrême droite mais pas seulement. La colère se nourrit actuellement en Allemagne de la politique d’injustice sociale, de précarité et de misère que les sociaux démocrates ont mis en place des 2002 lorsqu’ils étaient au pouvoir. Mme Merkel a poursuivi et amplifié cette politique d’austérité pour les plus faibles avec le zèle qu’on lui connaît. Résultat ? Les fascistes s’installent au Bundestag.

Alors que les extrêmes droites européennes fleurissent ici et là, il était courant de brandir « l’exception allemande ». C’est terminé. La tragédie est toujours suspendue au-dessus de la tête des hommes et il faut toujours s’attendre à la voir ressurgir.

Du côté de l’Espagne, on croit faire un mauvais rêve, un retour à la période noire du franquisme. La ministre de la Défense vient de déclarer : « Le gouvernement empêchera par terre, air et mer le référendum » annoncé en Catalogne. Rien de moins après le débarquement de 4000 gardes civiles en renfort de ceux déjà sur place et le déferlement répressif de la semaine dernière.
Loin de moi l’idée de formuler une opinion définitive sur le thème de l’indépendance de la Catalogne, tellement des forces contradictoires s’expriment sur ce sujet, de la droite la plus conservatrice toujours prête à s’allier avec la droite de Madrid, aux forces de gauche annonçant un nouvel espace de liberté. Ce que je sais par contre c’est que le droit à l’autodétermination figure dans la Constitution espagnole et qu’on ne règle jamais un problème politique en utilisant la force.

Franco s’était déjà illustré en Catalogne en allant jusqu’à interdire la langue catalane provoquant une résistance massive. Quant à Rajoy, l’homme au pouvoir à Madrid, plus il crache sa haine et sa violence, plus il entraîne de nouveaux partisans dans le choix de l’indépendance.

Les temps sont sombres pour l’Europe. La chanson de Michel Fugain « La bête immonde» est plus que jamais d’actualité. Ecoutons.
José Fort