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30/12/2025

Le patronat organise le grand déménagement de notre industrie

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Face aux difficultés du tissu industriel français, symbolisées par la récente liquidation judiciaire de Brandt, le communiste Aymeric Seassau appelle l’État à agir et dénonce le rôle du capital.

Pourquoi appelez-vous à sonner « l’état d’urgence industriel » ?

Aymeric Seassau

Membre du CEN du PCF, responsable à la nouvelle inustrialisation

Cet appel part d’un constat. La France et son appareil productif sont arrivés à un point de non-retour : nous sommes le tout dernier pays d’Europe en part de l’industrie dans le PIB. Peut-on vraiment vivre dans un pays dans lequel 78 % des médicaments, 87 % des vêtements et 92 % des équipements électroniques consommés sont produits à l’étranger ?

D’autant que c’est encore en train de reculer puisque avec la liquidation de Brandt, on perd le dernier producteur de cuisson en France. C’est grave pour la nation tout entière pour notre souveraineté de production, pour la transition écologique, puisqu’en perdant notre industrie, on en vient à importer de l’autre bout du monde ce que l’on pourrait fabriquer ici.

Et c’est grave pour la balance commerciale, l’emploi, et donc la protection de la protection sociale. C’est pour cela que nous lançons un cri d’alerte en appelant à l’état d’urgence industriel. Notre pays ne peut plus laisser cette casse se poursuivre. Il ne s’en remettrait pas.

Que symbolise, selon vous, la récente liquidation de Brandt ?

C’est un cas qui est extrêmement éloquent, mais il y en a d’autres : Mittal, Vencorex… Le premier responsable de cette situation, c’est le patronat, qui organise un grand déménagement industriel depuis plusieurs années. Et qui, comble de l’indécence, s’emploie dans le même temps à capter les politiques publiques en direction des entreprises pour alimenter le capital et reverser des dividendes record.

Disons les choses : en France, nous avons l’un des patronats les moins patriotes du monde puisque nos grands groupes ont 62 % de leurs emplois à l’étranger, contre 38 % en Allemagne et 28 % en Italie. Une situation amplifiée par l’abandon de l’État, symbolisé aujourd’hui par Emmanuel Macron, qui promeut la start-up nation au détriment de la France des usines.

Cette situation crée, dans le pays, un sentiment d’injustice et de colère très fort. Il est urgent d’y apporter des réponses, d’autant que l’extrême droite rôde et surfe sur ce désespoir.

Le PCF a mené une campagne sur le thème de l’industrie ces dernières semaines. Un tour de France a été réalisé pour recueillir doléances et propositions. Que retenez-vous de ce travail de terrain ?

Nous disons une chose : si l’État ne peut pas tout faire, l’État ne peut pas non plus ne rien faire. Il y a des mesures simples qui peuvent être prises dès maintenant. Comme déclarer un moratoire sur les licenciements pour ne plus perdre d’emplois industriels, réformer les tribunaux de commerce pour que les demandes des salariés soient entendues, notamment lorsqu’ils se prononcent en faveur d’une proposition de reprise favorable à l’emploi et à l’écologie.

Mais aussi se doter d’un pôle public bancaire, composé de la Caisse des dépôts, de la BPI (Banque publique d’investissement, NDLR) et de la Banque postale, pour en faire un levier économique nous permettant de nationaliser des groupes stratégiques. Mais aussi travailler sur la formation : il faut savoir qu’il existe beaucoup d’emplois industriels non pourvus en France par manque de compétences.

Cela suffira-t-il à faire vivre cette « nouvelle industrialisation » que vous appelez de vos vœux ?

Lorsque nous disons « nouvelle industrialisation », ça ne veut pas dire revenir à l’état antérieur. Mais en créer une qui répond aux enjeux de notre temps, en particulier la transition écologique. Il faut planifier une nouvelle stratégie industrielle nationale où l’État comme les travailleurs jouent pleinement leur rôle, notamment en sécurisant l’emploi et la formation, en reconstruisant et en défendant des filières industrielles stratégiques, en mobilisant les marchés publics pour favoriser le « produire en France »…

Et cela veut aussi dire relocaliser, conditionner les aides publiques à des objectifs décarbonés, peser sur la concurrence déloyale lorsque des produits interdits de production sur le territoire européen sont importés et mettre en place des barrières pour empêcher les produits nocifs et nuisibles pour le climat sur le continent.

Que répondre à ceux qui vous diront que nationaliser coûte cher ?

Nous proposons un plan de 100 milliards pour nationaliser lorsque c’est nécessaire et ainsi empêcher la casse de notre appareil productif dans nos territoires. On peut penser que c’est une grande somme, mais, en comparaison, nous déboursons aujourd’hui 211 milliards par an en aides aux entreprises, que ce soit des aides directes ou indirectes. Soit le double de ce qui est alloué aux collectivités territoriales. Quel est ce pays qui investit davantage dans le capital que dans la sauvegarde de ses emplois et ses services publics ?

18/12/2025

Contre la xénophobie et l’exploitation, un même combat

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Les personnes migrantes subissent toujours davantage d’attaques contre leurs droits et conditions d’existence, de la part des gouvernements d’Emmanuel Macron comme de l’Union européenne. Les récentes décisions européennes, dont l'ouverture de centres de retour en dehors des frontières de l'UE, vont renforcer les violations des droits humains. La France est quant à elle régulièrement sanctionnée pour non-respect des conventions internationales et du droit d’asile. Ces attaques s'accompagnent, jour après jour, de surenchères xénophobes et racistes de l'extrême droite et de la droite.

Droit d’asile bafoué, conditions d’accueil terriblement dégradées, rejets des titres de séjour en augmentation constante, impossibilité de rendez-vous en préfecture et perte de titre de séjour, refus de la régularisation des travailleurs sans papiers en dépit de leur apport à la richesse nationale, remise en question des APL pour les étudiants étrangers et augmentation de leurs frais d’inscription, OQTF et placements en centres de rétention démultipliés alors que les situations d’un très grand nombre des personnes concernées ne peuvent être traitées : en nombre grandissant des hommes, des femmes et des enfants se retrouvent à présent précarisés, en butte à des dispositifs discriminatoires, contraints de vivre dans une illégalité forcée.

C’est toute une partie des résidents sur notre sol que la loi immigration de 2024, autant que la circulaire Retailleau du 23 janvier de cette année, soumettent à des conditions de vie dramatiques, à une violence systématisée, à une exclusion qui leur interdit de s’intégrer à la collectivité nationale et de travailler dignement.
Tels sont les effets catastrophiques de la dérive d’une droite qui cherche à sortir de sa déshérence en se livrant à des surenchères nauséabondes et dangereuses avec l’extrême droite.

Cette politique, de surcroît sans aucun fondement économique, n’est en aucun cas une réponse aux raisons qui poussent des millions de personnes à s’exiler pour fuir les guerres et les interventions impérialistes, les crises économiques et la misère, les catastrophes climatiques ou des dictatures sanguinaires. Elle entretient un climat xénophobe détestable et favorise la fragmentation du pays alors qu’il faudrait au contraire unir ses forces vives pour les libérer de la domination d’un capital toujours plus prédateur.

C’est la raison pour laquelle le Parti communiste français agit en faveur d’une toute autre politique migratoire, fidèle aux principes de la République, porteuse de solidarité humaine et de coopération entre les peuples à l’échelle de la planète.

Les députés du groupe GDR ont fait le choix d’user de leur droit de tirage pour réclamer une commission d’enquête sur les contrôles des migrations entre la France et le Royaume-Uni où des hommes, femmes et enfants perdent la vie chaque année.

Le PCF propose :

  • Un accueil digne et sécurisé des personnes migrantes en vue de leur pleine intégration, dans le cadre d’une maîtrise démocratique des phénomènes migratoires et d’une mutualisation de ceux-ci à l’échelle de l’Union européenne ;
  • La régularisation des travailleurs et travailleuses, quelle que soit leur origine ;
  • Le respect scrupuleux du droit d’asile et de la convention internationale des droits de l’enfant ;
  • Une lutte déterminée contre toute parole et tout acte xénophobe ou raciste et l'inéligibilité pour leurs auteurs.

Le 18 décembre a été proclamé Journée internationale des migrants par l’Organisation des Nations unies. Cette année encore, elle nous donnera l’occasion de promouvoir la convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles. Le PCF appelle partis progressistes, syndicats et associations à prendre ensemble, sur tout le territoire, les initiatives offrant l’écho maximal à ce rendez-vous mondial essentiel.

Paris, le 11 décembre 2025

Parti communiste français

05/12/2025

Édouard Bénard, député PCF : Emmanuel Macron chef de guerre

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Membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le député PCF Édouard Bénard s’inquiète des discours guerriers d’un pouvoir en mal de soutien populaire.

Le parlementaire communiste alerte devant la montée des discours guerriers de la part de l’exécutif et de l’armée, et dénonce l’absence de débat démocratique sur le sujet en France, au Parlement et dans l’ensemble de la société.

Le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, a invité les maires à préparer la France à « accepter de perdre ses enfants ». Que vous inspirent de tels propos ?

Édouard Bénard

Député PCF et membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale

Cette déclaration est insupportable. Les forces armées répondent au politique et non l’inverse. Or nous avons un chef d’état-major des armées qui s’exprime à la première personne devant des élus de la République, qui insiste sur l’urgence de la situation, sur la base de faits non étayés et sur ce qu’il en sait à partir de faits classés secret-défense.

Que vous dit-on de la « menace russe » en commission de la Défense de l’Assemblée ?

Il existe un problème démocratique, typiquement français en Europe : la commission de la Défense est cantonnée aux problèmes logistiques. Le Parlement est trop peu consulté tant sur les ventes d’armes que sur la stratégie géopolitique, qui est la chasse gardée du président. Concernant la menace, il y a ce que nous en savons sur le fond : l’Ukraine a été victime d’une agression territoriale de la part de la Russie. Mais les propos du général Mandon ne sont pas si surprenants.

Ils s’inscrivent dans une stratégie d’« effet drapeau » (la recherche d’un plus fort soutien au gouvernement en période de crise internationale – NDLR) afin de renforcer l’Otan. C’est déjà ce qu’avait tenté de faire le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte. Il y a un an, celui-ci prétendait que, sans augmentation des budgets de la défense, nous devrions « suivre des cours de russe à la maison ou déménager en Nouvelle-Zélande ». Finalement, le chef d’état-major des armées et l’exécutif s’affichent en laquais de Washington, sans faits étayés devant la représentation nationale et encore moins devant la nation.

Il est dit que la Russie pourrait défier un pays de l’Otan dans les quatre à cinq ans à venir. Est-ce crédible ?

Cela me paraît peu crédible. La Russie est une puissance nucléaire. Nous sommes une puissance nucléaire. Personne n’a intérêt à déclencher une guerre nucléaire. Pour autant, cela justifie justement la nécessité de sortir de l’Otan, voire sa dissolution. Cela devient une urgence politique pour la souveraineté de nos nations, pour le pouvoir de vivre de nos peuples et pour la survie de l’humanité. La situation géostratégique est variable selon le personnage qui se trouve à la tête de la première puissance de l’impérialisme. Depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, nous voyons d’un mois sur l’autre que nous servons de variable d’ajustement au sein de l’Otan.

Le projet d’augmenter le budget de la défense de 6,7 milliards d’euros en 2026 est-il nécessaire ?

Je suis face à un paradoxe. Je suis dans la seule commission où un parlementaire communiste vote contre le budget parce qu’on y met trop de moyens. L’exécutif incite à une augmentation énorme du budget de la défense au nom d’une prétendue autonomie stratégique. Or il n’en est rien : Eolane, producteur de cartes électroniques, est placé en liquidation judiciaire ; le marché du supercalculateur de nos armées n’est pas confié à une industrie européenne telle qu’Atos, qui est démantelé, mais à HP, société américaine, donc soumise au Cloud Act1.

Ils ont beau agiter le drapeau de l’autonomie stratégique, ils laissent fuir Vencorex, une entreprise à usage civil et militaire. Nous étions bien seuls à parler de nationalisation. Et je rappelle que nous n’avons pas de base de défense sans acier, or nous voyons bien avec Arcelor que tout cela est complètement hypocrite.

Le service militaire volontaire annoncé par Emmanuel Macron jeudi 27 novembre répond-il aux besoins ?

Il y a certainement un besoin. Mais ce qui est annoncé n’y répond pas. On parle de 3 000 volontaires pour un service exclusivement militaire. Nous sommes contre cette proposition, qui intervient après des discours martiaux. À défaut d’être un chef d’État, Emmanuel Macron se rêve en chef de guerre. Cela correspond à l’« effet drapeau » déjà évoqué et qui est l’apanage d’un pouvoir en mal d’assise populaire. À défaut d’offrir un horizon aux jeunes, on leur offre un treillis.

Nous avons en réalité besoin d’une défense nationale au sens où l’entendait Jean Jaurès : au nom de l’idéal démocratique, patriotique, une défense à gestion démocratique. D’où l’importance de la conscription. Pour notre part, nous proposons un vrai service national obligatoire, donc mixte socialement et en termes de genre. Mais ce service ne serait pas que militaire. Il s’inscrirait dans un parcours professionnel de formation et ne serait pas source d’éloignement familial.

Il ne faut pas oublier que le préalable à la cohésion nationale est le pacte social républicain. Le premier réarmement est de mettre des soignants dans nos hôpitaux, des enseignants dans nos écoles. On ne peut demander à des jeunes de s’engager pour un État dont ils ne connaissent pas la boussole, qui ne leur promet rien et qui les instrumentalise par la peur.

De quoi a besoin l’armée ?

Emmanuel Macron, en se déclarant favorable à une forme de service militaire, disait qu’il fallait réparer le lien armée-nation. Je le crois. Avoir une armée exclusivement professionnelle, presque discrétionnaire, a fait beaucoup de mal. Le regard démocratique sur l’armée participe à la résilience et à réparer ce lien. Il est nécessaire au nom de notre souveraineté et de notre indépendance diplomatique.

Mais nous allons dans les faits dans un tout autre sens. Il y a un mois a été publié un décret qui recrée un système de mercenaires. Il autorise l’assistance aux armées par des opérateurs économiques de référence capables de seconder ou de se substituer aux forces armées dans certaines missions. Même le régalien va être, sans contrôle démocratique, confié à des sociétés privées.

Les discours martiaux présentent-ils un risque d’engrenage ?

Bien sûr. L’Union européenne, de plus en plus fédéraliste et militarisée, est servile en ce moment. On se trouve dans un climat de guerre froide. Les dirigeants ont adopté une certaine pédagogie de la guerre qui nourrit l’escalade dans une logique de blocs qui est dangereuse. Une politique est un choix. Et le choix fait par Emmanuel Macron est clair : celui de l’économie de guerre. C’est un changement de société et d’état d’esprit. On sacrifie les travailleurs sur l’autel d’intérêts financiers qui ne sont pas les nôtres.