On ne gagne aucune bataille dans le repli et le sectarisme.  (05/06/2026)

JC, PCF

Dans son célèbre 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Marx parle de la révolution comme d’une « vieille taupe ». Elle creuse bien loin des regards, souvent dans l’ombre, mais toujours avec méthode. 

Un travail lent et fastidieux, invisible à la surface, mais qui, à force de galeries, finit par déformer le sol et produire des surgissements importants. Une métaphore qui résonne avec la période dans laquelle nous sommes.

Notre pays est traversé par de profonds bouleversements. L’impérialisme, en crise, est une source continuelle de violence et de guerres face auxquelles les jeunes peuvent se sentir impuissant. En France, le quinquennat d’Emmanuel Macron entre dans sa dernière année après avoir tapissé le terrain à l’extrême droite.

Quand tout s’accélère à la surface, creuser peut sembler vain. Cette pression est palpable. Qui ne s’est jamais demandé à quoi bon parler d’emplois, de Parcoursup ou des droits des apprentis quand la menace paraît déjà si proche ? 

Pourtant, le danger de la période n’est pas seulement que l’extrême droite continue de progresser. C’est aussi qu’elle parvienne à nous convaincre qu’il serait trop tard pour construire la conscience de classe capable de la faire reculer. 

Deux pièges nous sont tendus. 

Le premier serait de croire que l’élection présidentielle pourrait, à elle seule, permettre à la gauche de battre définitivement le RN, à condition de suivre la plus cotée des candidatures sociales-démocrates, ou de poser bien gentiment sur une photo de famille entre responsables de gauche.

Nous ne méprisons aucune bataille électorale. Mais aucune solution de dernier recours ne suffira à faire durablement reculer l’extrême droite si notre classe demeure dispersée, désorganisée et privée de sa force collective.

Le deuxième serait de penser que, face à l’urgence, la priorité serait de rassembler seulement les militants, de fédérer un petit cercle de déjà convaincus autour d’une radicalité de surface, qui parle à ceux qui savent déjà, mais abandonne tous ceux qu’il nous faut convaincre. On ne gagne aucune bataille dans le repli et le sectarisme. 

L’urgence n’abolit pas notre rôle, elle le rend plus nécessaire encore. On ne fera pas reculer durablement l’extrême droite en renonçant à s’adresser aux jeunes qu’elle trompe ou qu’elle condamne à la résignation.

Notre tâche est d’organiser les jeunes là où ils se forment, étudient et travaillent. Là où le capitalisme isole et organise le déclassement, nous devons construire la solidarité et développer la conscience de classe.

Céder à l’urgence, ce serait renoncer à construire ce qui constitue aujourd’hui notre principal atout : une jeunesse organisée, consciente et mobilisée, capable non seulement d’empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir, mais d’en arracher les racines. 

Ce travail peut paraître ingrat. Il n’est pas perceptible dans les sondages ou sur les plateaux de télévision. Il n’emprunte ni esthétique insurrectionnelle, ni radicalité performative. Il ne tient pas la promesse d’une solution miraculeuse.

Pourtant, c’est lui qui rend la victoire possible. 

Souvenons-nous que, dans notre histoire, quand la gauche gagne, c’est bien souvent parce que les communistes ont assumé ce travail lent, difficile mais indispensable.  

Creusons, camarades ! Dans les lycées, les CFA, les facs, les IUT et les entreprises. Et demain, les générations suivantes nous diront, comme Marx en son temps, « bien creusé, vieille taupe ! »

 

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